Commémoration de l'assassinat de Julien Lahaut, 1950 - 2020




Nous remercions tous les participants, les camarades qui sont venus rendre hommage ce samedi à Julien Lahaut, président du Parti Communiste de Belgique, en respectant les mesures de protection sanitaire en vigueur.

L'hommage de cette année a été prononcé en français par Julien Hannotte Morais, secrétaire politique du PCB, suivi par une intervention en néerlandais du camarade Nico Oldenhof. Le discours a mis en évidence les liens entre la vie de militant de Julien Lahaut, les luttes qu'il a menées et l'actualité et les tâches du Parti Communiste aujourd'hui : de la lutte antifasciste à celle contre la résolution européenne anticommuniste, de la lutte pour la sécu à la nécessité de s'organiser dans des syndicats révolutionnaires, de la lutte contre les armes nucléaires avec l'appel de Stockholm à la lutte contre Kleine Brogel et l'OTAN, sans oublier la dénonciation du rôle de la social-démocratie, roue de secours du capitalisme. Toutes ses luttes sont encore une source d'inspiration pour les communistes aujourd'hui.

"Chères et chers camarades, Merci pour votre présence à l’hommage que nous rendons chaque année à Julien Lahaut, notre président assassiné par un commando du réseau anticommuniste d’André Moyen avec le soutien de la sûreté et des milieux financiers dont la Brufina, la Société Générale et l’Union Minière. C’était le 18 août 1950, il y a 70 ans. Aujourd’hui, les militants communistes et de gauche sont toujours la cible de la sûreté. On apprenait ainsi le 1er juillet par le Ministre de l’Intérieur Pieter de Crem que 1315 militants « d’extrême-gauche » étaient surveillés par la Police et les renseignements. Le 18 août reste une date martyr pour le mouvement ouvrier. C’était déjà le 18 août 44, 6 ans avant l’assassinat de Julien Lahaut que 19 civils étaient lâchement et sommairement assassinés à Courcelles par les rexistes qui se vengeaient de la mort du bourgmestre rexiste de Charleroi exécuté par la résistance. C’était aussi le 18 août 1944 qu’Ernst Thälmann, président du KPD, prisonnier depuis 1933 du régime hitlérien, était assassiné dans le camp de Buchenwald parce que les nazis craignaient que Thälmann soit un symbole de ralliement alors que l’Union soviétique et l’Armée Rouge gagnaient du terrain !

Pourquoi rappeler et lier ces 3 événements aujourd’hui, en 2020 ? Parce que cette année est une année d’anniversaires : il y a 75 ans le nazisme/fascisme était vaincu avec la plus grande contribution de l’Union soviétique et de la résistance, notamment communiste. En septembre dernier, dans une résolution votée par les socialistes, l’Union européenne, construction du capital pour écraser les peuples et coordonner la destruction des droits des travailleurs, a tenté une nouvelle fois de réécrire l’histoire en assimilant fascisme et communisme, en prétendant que le pacte germano-soviétique était à l’origine de la 2e guerre mondiale, niant la responsabilité des démocraties bourgeoises dans le réarmement de l’Allemagne hitlérienne et dans l’abandon de la Tchécoslovaquie aux griffes des nazis lors des accords de Munich dès 1936.

On ne peut oublier également l’abandon de la république espagnole par la social-démocratie dans la guerre nationale-révolutionnaire de 1936-1939. Tandis que le POB pour rester au pouvoir reconnaissait Franco et le gouvernement de Burgos par l’entremise du ministre des affaires étrangères Paul-Henri Spaak, futur secrétaire général de l’OTAN, Julien Lahaut exprimait partout sa solidarité avec les républicains et prédisaient dans ses meetings et à la chambre : « Après Madrid, ce sera Prague, après Prague, ce sera Bruxelles ! »

Camarades, nous ne laisserons jamais falsifier l’histoire et nous devons rétablir la vérité historique et le rôle joué en Belgique par Julien Lahaut, qui a organisé avec le Parti Communiste la lutte antifasciste. Ainsi, Noss Julien nouait des contacts entre le mouvement ouvrier et le Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes fondé au printemps 34 à Liège. Il nouait des liens avec les antifascistes italiens exilés.

Julien Lahaut a organisé avec le Parti Communiste la résistance face à l’occupant. Ainsi, il était le principal animateur de la grève des 100000 débutée le 10 mai 41, jour anniversaire de l’invasion de la Belgique par les nazis. La grève de 8 jours qui s’est étendue sur tout le bassin mosan et dans les bassins miniers du Pas-de-Calais fin mai-début juin fut victorieuse avec une augmentation de 8% des salaires, des allocations de vacances et une augmentation des rations. Dans cette lutte, la social-démocratie avec le bourgmestre socialiste de Liège Joseph Bologne, a participé à la répression, a envoyé les gendarmes sur les piquets de grève. Lors des arrestations des communistes avant l’opération barbarossa et l’attaque contre l’Union soviétique du 22 juin 41, le même Bologne avait dressé avec zèle une liste des communistes et des juifs, liste qu’il a remise aux Allemands. Julien Lahaut, éminent membre de la direction du PCB fut arrêté et déporté. Il a souffert l’enfer des camps tout en gardant son esprit solidaire, sa générosité. Il en est revenu avec un surnom « l’homme qui avait le soleil dans sa poche ».

Camarades, voilà la vérité : les communistes ont été à la pointe de la résistance et de la lutte contre le fascisme contrairement à ce que prétend la résolution européenne. Ce que nous enseigne aussi l’histoire, c’est que la social-démocratie, parti ouvrier de la bourgeoisie, a choisi son camp, celui de la répression. Elle sera toujours du côté des exploiteurs ! Et il n’y a qu’une seule réponse à apporter : c’est de la lutte classe contre classe dans un front des travailleurs pour le socialisme.

Aujourd’hui encore, la social-démocratie est prête, au nom d’un soi-disant moindre mal à participer à un gouvernement avec la N-Va, parti du patronat flamand. Nous sommes aujourd’hui face à une crise du système capitaliste avec une crise de surproduction dont les effets ont été accélérés par la crise sanitaire. Nous savons que la volonté du patronat c’est d’avoir un gouvernement de plein exercice pour réduire le droit au chômage et au revenu d’intégration sociale, mener de nouvelles politiques d’austérité, détruire les services publics qui sont pourtant les seuls à répondre à l’urgence sociale et sanitaire.

Durant cette crise, le patronat et ses valets ont essayé de nous faire croire que nous étions tous sur le même bateau, que nous devions faire des sacrifices collectivement. Ils ont essayé de nous vendre une union nationale que nous combattons comme Julien Lahaut a combattue celle de 36 lors d’une crise pendant laquelle le franc était dévalué. Il disait « que les riches paient ». Nous disons aujourd’hui la même chose quand nous déclarons que « les travailleurs ne doivent pas payer la crise, que les patrons paient ». Nous savons que ce sera une lutte acharnée et que les mots ne suffiront pas !

Ces périodes de crise économique, avec une recomposition des différents partis de la bourgeoisie qui cherchent à s’emparer du pouvoir et ne parviennent pas à former de gouvernement depuis 1 an et demi, sont propices à l’émergence du fascisme, porte de sortie du capitalisme. Nous ne les laisserons pas faire et nous nous engageons à poursuivre la tradition initiée à Liège par Julien Lahaut avec le mouvement ouvrier : les fascistes ne s’expriment pas en public.

C’est dans ce sens que le Parti Communiste de Belgique était en janvier dernier à Gilly avec les militant syndicaux et antifascistes pour nous opposer à la tenue du congrès fondateur du parti néonazi Parti national européen. Le bourgmestre socialiste de Charleroi et préformateur, avait répondu en envoyant le peloton de sécurisation de l’ordre public avec soutien de la police fédérale, autopompe, gaz lacrymogène. Paul Magnette a ainsi préféré défendre la propriété privée plutôt que de combattre une réunion de néonazis. Camarades, la vie de Julien Lahaut est un tout qui est encore source d’inspiration pour l’action des communistes aujourd’hui et sa vie se confond souvent avec l’histoire du Parti Communiste. Même s’il n’a adhéré qu’en 1923, il est inséparable de la fondation du Parti Communiste dont nous fêterons le centenaire l’année prochaine. C’est en effet en 1921 lors de la grève d’Ougrée-Marihaye animée entre par Julien Lahaut, que fut fondée la fédération liégeoise du PCB. La grève dura 9 mois contre la volonté de la direction syndicale du POB qui après 7 mois voulait que le travail reprenne. C’est lors de cette grève que fut déployée la célèbre banderole à Seraing « Les Patrons sont des Méchants » lors de l’organisation et de l’accueil des enfants des grévistes. Julien Lahaut fut exclu du syndicat. Il organisa alors des comités de défenses et fonda les Chevaliers du Travail.

Julien fut souvent emprisonné pour ses activités syndicales au nom d’une loi de poursuite des meneurs de grève, toujours en vigueur. Nous ne pouvons aujourd’hui accepter, peu importe la loi bourgeoise invoquée, la justice de classe et la condamnation de camarades comme Bruno Verleackt. Julien Lahaut a été aussi souvent victime de la répression. Aujourd’hui, ce sont nos camarades de TNT en Italie qui en font les frais. Le monopole Fedex-TNT, suite à la concentration de capital et à l'acquisition en 2015 de TNT par le groupe américain et implanté entre autres à l’aéroport de Liège, a profité du confinement pendant lequel les livraisons ont augmenté. En Italie, les travailleurs mènent une grève dure suite à la rupture par le patronat de l'accord obtenu pour l'embauche de 66 temporaires à Peschiera. Les travailleurs y ont compris qu'unis et organisés, nous pouvons repousser les offensives coordonnées du patronat. À San Giuliano, le patronat a fait appel à des milices privées armées de Tasers pour casser la grève et les carabinieri ont identifié les camarades grévistes. Les communistes étaient aux côtés des travailleurs et les camarades du Fronte della Gioventù comunista ont manifesté devant la préfecture de Milan aux côtés des travailleurs qui y étaient appelés. Il s'agit d'une tentative d'intimidation mené par le patronat en collusion avec l'État bourgeois.

En Grèce, ce sont les camarades du KKE, de la KNE et du PAME qui ont mobilisé début juillet contre les nouvelles lois qui interdisent les manifestations.

Camarades, la vie de Julien Lahaut nous montre la nécessité d’être sur le terrain, dans la lutte, avec les travailleurs mais aussi de nous organiser, notamment dans les syndicats, des syndicats révolutionnaires. Cette conscience syndicale, il l’a dès son enfance. Julien Lahaut est en effet né en 1884 dans une période de crise capitaliste, de surproduction, qui ont mené aux grandes luttes ouvrières de 1886 réprimées à Roux. Nous y organisons chaque année une commémoration. C’est un moment important dans l’histoire du mouvement ouvrier car ce fut l’époque des premiers syndicats. Tout ça a forgé l’éducation et l’esprit militant de Julien Lahaut. Ainsi, lorsqu’il fonde les Chevaliers du Travail, la nouvelle organisation syndicale décide de s’affilier à la Profintern, Internationale des Syndicats Rouges.

Aujourd’hui la stratégie syndicale est au cœur de l’actualité. Et nous Communistes avons notre rôle à jouer, pour orienter la lutte, pour en finir avec la collaboration de classe, représentée par les affiliations à la CES. La CES, courroie de transmission du patronat, s’est réjouie en juillet de l’accord européen de 750 milliards d’euros qui n’aideront pas les travailleurs mais serviront à renflouer les caisses des actionnaires et des monopoles et serviront à justifier de nouvelles attaques antiouvrières et antipopulaires ! Osons porter le débat dans nos centrales, dans nos secteurs, de la nécessité de regrouper les révolutionnaires, d’organiser la lutte des classes, de quitter la CES et de pousser à l’adhésion à la Fédération Syndicale Mondiale qui représente 105 millions de travailleurs dans 132 pays.

Camarades, la question et la lutte pour la sécu est également centrale. En décembre dernier, nous fêtions les 75 ans de la sécurité sociale. Une sécu qui dès sa création a été la cible des attaques du patronat. Pour Julien Lahaut, c’était fondamental. Enfant, il a vu son père victime d’un accident de travail jamais indemnisé. En 1932, alors député, il proposait de créer une assurance chômage universelle et gratuite. Julien dès le début des années 1900 combattait les caisses d’aide mutuelle créées par le patronat et administrées par des employés à sa dévotion. Ce combat est encore actuel contre la gestion par l’État bourgeois de la sécu. C’est par nous seuls et nos représentants syndicaux que nos caisses doivent être gérées. Elles ne doivent pas être une variable d’ajustement du budget de l’État et il ne s’agit pas seulement d’exiger un moratoire sur les réductions de cotisations sociales patronales qui ne sont nullement des charges mais notre salaire socialisé. Nous devons lutter pour récupérer toutes nos conquêtes sociales et les 18 milliards annuels envolés en réduction de cotisations sociales.

Face au chômage de masse, la sécu sera essentielle. La crise aujourd’hui va accentuer et aggraver la précarité, notamment parmi la jeunesse populaire-ouvrière avec la multiplication de petits contrats mais aussi avec les licenciements dans cette période dont vont profiter certains par concentration de capital et fusion-acquisition. Notre tâche en tant que communiste est de soutenir la lutte des travailleurs pour leurs revendications. Il est clair que le chômage temporaire a touché de nombreuses familles avec des amputations de revenus. Pour nous, le chômage doit corresponde à 100% de l’ancien salaire, sans délai d’expiration jusqu’au retour définitif à un emploi stable et le droit au chômage doit être étendu aux jeunes demandeurs d’emplois qui n’ont pas encore travaillé. C’est seulement ainsi que nous aurons une assurance chômage universelle comme la demandait Julien Lahaut.

La crise sanitaire a également révélé la nécessité de services publics forts, la nécessité d’un service national intégré de santé. Dans ce service national, il ne faut pas oublier le droit des femmes et le droit à l’Interruption volontaire de grossesse. En 1932 les réactionnaires accusaient Julien Lahaut de Malthusianisme quand il aidait des femmes qui avaient des grossesses non désirées, hier les réactionnaires enfermaient notre camarade Willy Peers. Aujourd’hui, les réactionnaires se battent encore contre le droit des femmes de disposer de leur corps comme en témoignent les nombreux reports devant le Conseil d’état de la loi prévoyant l’extension de ce droit. Et ce combat est international, que ce soit en Pologne, la lutte pour gagner ce droit ou en Italie où il est remis en cause par la Ligue à Pérouse en créant des obstacles à ce droit. Là encore les communistes du front de la Jeunesse Communiste étaient dans la lutte.

Camarades, On pourrait parler des heures des luttes menées par Julien Lahaut mais il nous semble important d’en rappeler encore un point. Il y a une semaine, nous commémorions les abominables attaques nucléaires menées par les USA sur Hiroshima et Nagasaki. Au début 50 l’empire US menace d’utiliser une nouvelle fois l’arme atomique, cette fois contre la République Populaire Démocratique de Corée. Julien Lahaut est alors le premier sérésien à signer et à relayer l’appel de Stockholm pour l’interdiction des armes nucléaires. 75 ans plus tard, nous devons continuer cette lutte. Trump a en effet annoncé que les États-Unis prévoyaient de sortir du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, signé en 1987 par les dirigeants américain et soviétique de l'époque, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Cette décision sape tous les efforts déployés pour parvenir à un désarmement nucléaire. Elle supprime le contrôle sur la fabrication et le stockage d'armes de destruction massive. Aujourd'hui, la Belgique n'entend toujours pas adhérer au traité d'interdiction de l'arme atomique adopté en 2017 et qui a valu à la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) le prix Nobel de la Paix. A ce jour, aucune puissance nucléaire n'en fait partie et le traité ne repose pas sur un dispositif de vérification comme celui du TICEN. La Belgique n'entend pas non plus se distancier des obligations contractées dans le cadre de l'OTAN. La Belgique a d'ailleurs décidé d'acquérir les chasseurs-bombardiers F-35 dont le développement futur prévoit une capacité d'emport nucléaire. Par ailleurs, il faut souligner, rappeler, la continuité dans la construction des monopoles militaires : la compagnie « Glenn L. Martin Company » qui a conçu l’Enola Gay qui a bombardé Hiroshima est devenue à la suite de diverses fusion « Lockheed Martin » qui nous vend les fameux F35.

Camarades, les tâches qui nous attendent sont nombreuses et les luttes menées par Julien Lahaut sont une source d’inspiration. La lutte contre l’opportunisme, le révisionnisme est encore actuelle et aujourd’hui, nous avons besoin d’un Parti Communiste fort pour continuer à organiser notre classe dans un front et renverser ce système barbare, pour mettre fin à notre exploitation.


À bas l’État bourgeois, à bas l’UE, à l’OTAN, Pour un front anticapitaliste, antifasciste, antiimpérialiste, pour le socialisme et la paix Vive le front uni des travailleurs, Vive le Parti Communiste de Belgique Vive Julien Lahaut


L'hommage a été ponctué par l'Internationale entonnée en français et en néerlandais.




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