Hommage à Jacquemotte et préparer les luttes

Chères et chers camarades, chères amies, chers amis,

Aujourd’hui, le Parti Communiste de Belgique souhaite rendre hommage à Joseph Jacquemotte. On retient souvent de lui sa mort brutale, le 11 octobre 1936, les journaux qu’il a fondés et animés, de L’exploité au Drapeau Rouge en passant par La Voix du peuple, et bien sûr on retient de lui la fondation du parti Communiste.


Dans cette période d’aiguisement des contradictions interimpérialistes, d’offensive de la bourgeoisie contre les peuples, les travailleurs, leurs droits et leurs salaires à l’occasion de la crise du capitalisme et de la crise sanitaire qui en a amplifié et accéléré les effets, il est nécessaire d’avoir un Parti Communiste fort pour organiser la résistance et mener la lutte pour une autre société.

Cela passe, pour nous, par des positions claires et un retour aux fondamentaux. La ligne qui a prévalu à la fondation du Parti Communiste, les enjeux soulevés il y a cent ans sont encore dans la majeure partie valable aujourd’hui. C’est pourquoi il nous semblait utile de rendre hommage à Joseph Jacquemotte et de nous pencher sur son action et sa pensée pour consolider nos positions et le rôle du Parti Communiste aujourd’hui.


Se replonger dans ses écrits est instructif, que ce soit ses interventions dans les débats du début du siècle dernier dans la presse ou à la chambre. Tous les militants devraient le lire pour mieux comprendre le rôle du Parti et mieux agir aujourd'hui.


Jacquemotte a toujours cherché à démasquer ceux qui ont été un frein à l’unité, ceux qui font de chaque conflit des luttes différentes. Lui qui à 27 ans était secrétaire permanent du syndicat des employés socialistes de Bruxelles, ancêtre du Setca a toujours lutté contre le corporatisme, le régionalisme, contre la division des travailleurs, pour l’organisation d’une interpro.


Souvenons-nous des luttes des métallos de Flandre, de Gand, Malines, Anvers, Vilvorde et Bruxelles qui ont mené la grève pour l’augmentation des salaires. Jacquemotte appelait les mineurs et métallos de Wallonie à soutenir le mouvement. C’est bien l’opposé du discours qu’on nous martèle qui est ici battu en brèche. C’était bien les directions syndicales bureaucratiques de Wallonie qui appelaient à des sanctions contre les fédérations flamandes parce qu’elles n’avaient pas respecté l’accord du comité national à propos de la diminution des salaires.


À cela, Jacquemotte, répondait « unité », « unité des travailleurs » au risque de se faire entuber par le patronat. Le travail syndical de Jacquemotte a toujours visé à « l’organisation du prolétariat en lien avec la pratique quotidienne, pour répondre aux nécessités, sans théorie abstraite. Ce travail est réalisé grâce à une presse (journal des correspondances) et porusuivi avec « l’exploité » pour unir les luttes. C’est avec le même objectif et la même détermination que nous considérons la presse de notre parti, que nous relançons le Drapeau Rouge-Rode Vaan dont le nom rend hommage à Jacquemotte.


Camarades, Jacquemotte était aussi admiratif de la révolution soviétique et de la construction du socialisme en Russie. C’étaient aussi les positions du Komintern qu’il défendait dans « l’exploité ».


Il fallait défendre la jeune république soviétique. En août 19, avec la commission syndicale, il mobilise les dockers qui recherchent des armes dans le port d’Anvers ; armes que la France faisait transiter par la Belgique pour soutenir l’effort de guerre de la Pologne de Pilsudski contre la Russie soviétique. Officiellement, le gouvernement belge n’était pas au courant ou n’avait pas été consulté. On n’est pas loin des manœuvres de l’OTAN Defender Europe 20 qui sont passés par les ports belges, ou de la livraison d’armes à l’Arabie Saoudite en mai 2019, pour laquelle le gouvernement wallon n’était prétendument pas au courant.


Toujours en 19, Jacquemotte dénonce le bluff et les mensonges, tels qu’ils existent encore, des médias et états bourgeois qui avaient soutenus les armées blanches de Denikine et croyaient avoir tué dans l’œuf la révolution russe mais tout était faux malgré le battage médiatique : la révolution gagnait. En réponse, les pays capitalistes et impérialistes, avec la complicité du gouvernement belge avec les dans lequel on retrouvait trois socialistes (ce que Jacquemotte dénonçait) usait du traditionnel blocus contre la Russie.


Ainsi, les divergences d’avec la social-démocratie et l’opportunisme parlementaire ne faisait qu’augmenter.


Jacquemotte s’opposait à ceux qui ont trahi, ont collaboré et continuent à le faire, à ceux qui ont voté l’article 310 contre le droit de grève. Jacquemotte résumait cela dans une phrase si claire : blanc quand on s’adresse à la classe ouvrière, noir quand on est au gouvernement. « Le gouvernement d’union démocratique de 1920 tond le peuple sans le faire crier, il garantit au capital un intérêt convenable exonéré de tout impôt présent ou futur, il donne l’occasion aux banques belges de réaliser un petit bénéfice visible. », voilà une phrase qui a encore son sens aujourd’hui et aurait pu être publiée durant la crise sanitaire et à propos du plan de relance qui ne fera que remplir les poches des actionnaires et des monopoles qui organisent les plans de licenciements pour retrouver leur taux de profit.


La politique de collaboration du POB dénoncée par Jacquemotte s’est poursuivie en 1925/26. Il est bon de rappeler comment il résumait la position des socio-démocrates : « le salut se trouve dans une entente avec la bourgeoisie, qu’en étant « bien » avec les capitalistes, l’on assurerait un développement normal et harmonieux de la situation matérielle des larges masses de la population. » Jacquemotte dénonçait déjà, sans le nommer, le prétendu ruissellement qui ne se vérifie pas davantage aujourd’hui. La social-démocratie donnant ensuite des gages à la bourgeoisie puis face à l’impossibilité de mettre en place des réformes, elle démissionne pour faire bonne figure devant son électorat après avoir soi-disant lutté de l’intérieur. Ce jeu nous le connaissons encore tout comme nous connaissons la suite. Les partis socio-démocrates reviennent ensuite avec un programme plus faible que le précédent et pour lequel ils avaient été élus quelques mois plus tôt et en outre … Il est plus que salutaire de reprendre les termes de Jacquemotte dans le drapeau rouge du 17 mai 1926 « ils sont prêts, archi-prêts, vous-dis-je, à entrer dans un gouvernement tri-partite dont le premier point de programme sera [d’] envoyer le parlement, chambre et sénat en congé – payé naturellement – et donner au gouvernement les pleins pouvoirs pour assurer rapidement, par les mesures adéquates, le rétablissement de la confiance ». Nous pourrions jouer au jeu des sept différences avec aujourd’hui si la situation n’est pas si dramatique pour les travailleurs.


Camarades, nous venons de vivre 6 mois de pouvoirs spéciaux qui n’ont servi que les intérêts des patrons (attaque sur le salaire garanti, maintien de la production non-essentielle pendant la pandémie, augmentation de la charge de travail et du télétravail) et pas du tout à protéger la population. Nous venons de vivre plus d’un an de négociations gouvernementales pour parvenir à une recomposition de la bourgeoisie avec 7 partis, avec l’annonce fracassante de mesures « sociales », le « retour du cœur », qui se sont heurtées aux décisions du patronat (mic-mac autour du montant de la pension, abandon de la lutte à la pension à 65 au lieu de 67, abandon de l’augmentation salariale à 14 euros de l’heure).

Camarades, où est le social quand le nouveau gouvernement poursuit la prétendue politique d’accueil humaine mais ferme de Francken en ouvrant de nouveaux centres fermés ? Une chose est certaine, c’est que les illusions qui ont été semées dans cet épisode ont démasqué aux yeux des travailleurs ceux qui travaillent contre eux.


Comme les travailleurs aujourd’hui, comme nous, Jacquemotte ne pouvait plus supporter le gouvernement socio-démocrate et l’opposition interne de gauche se créait. Très vite, les droitiers ont usé de tous les moyens pour la faire taire, des méthodes qui sont encore utilisées aujourd’hui : utilisation des statuts pour museler, refus de l’imprimeur de publier l’exploité, utilisation des lois bourgeoises pour retirer du matériel politique. Toutes les techniques étaient bonnes.


En juillet 1920, la fédération bruxelloise du POB s’était prononcée contre la participation au Congrès de la 2e Internationale. La suite logique fut adoptée lors du 3e congrès des amis de l’exploité : création d’un parti communiste par 713 voix, contre 35 et 30 abstentions avec volonté de travailler avec les groupes communistes préexistants en Flandre à Gand, Anvers et Bruxelles. Nous ne sommes pas seulement une dissidence du POB. Il y avait bien une différence qualitative en rupture avec la politique de collaboration de classe, en rupture avec la 2e Internationale, Internationale des ministres, comme l’appelait Jacquemotte.


Le 4 septembre 1921, c’est la fusion, à l’appel du komintern avec le parti Communiste de War van Overstraeten. Le PCB apparaît alors comme une menace pour l’ordre établi et la justice invente un complot communiste en reprenant les luttes menées par le parti et les communistes dans le borinage, à Ougrée-Marihaye, le « noyautage des syndicats », le front unique… Jacquemotte avait bien compris que l’objectif était bien de nous mettre hors la loi. Les accusés sont cependant acquittés le 16 juillet 1923. Parmi ceux-ci, Julien Lahaut qui n’était pas encore membre prend sa carte.


Si les luttes menées par Jacquemotte, pourfendeur infatigable de l’opportunisme, et le jeune Parti Communiste sont encore les mêmes aujourd’hui, est-ce à dire que rien n’a été gagné en 100 ans ? Que nous avons tort ? Non, Bien sûr que non ! La lutte de la classe ouvrière a permis de grandes avancées sociales, des conquêtes historiques, et seule cette lutte, une lutte dure contre notre ennemi de classe nous permettra de conquérir notre libération, un nouveau monde. Mais il faudra aussi une lutte tout aussi ferme contre ceux qui nous mènent, par opportunisme, par électoralisme, sur des voies impossibles qui maintiennent le système actuel, prolongeant ainsi notre exploitation. Il y a cent ans, en mars 1921, Jacquemotte, toujours au POB déclarait : « le socialisme belge, la classe ouvrière belge n’a qu’un devoir à l’heure actuelle, un seul : se dégager immédiatement de la politique de collaboration de classe, revenir sur le terrain solide de la lutte contre la bourgeoisie, dénoncer violemment devant les masses prolétariennes la politique de faillite que développe le régime capitaliste, préparer les travailleurs organisés au grand effort de transformation qui s’impose de plus en plus. »


Dans un autre texte, il ajoutait « nous avons lutté sans cesse, pour poursuivre au sein du mouvement ouvrier belge ce que nous considérons et continuons à considérer comme la seule tactique répondant aux intérêts du prolétariat : la lutte de classe, l’opposition à la bourgeoisie sur tous les terrains, sans compromis, ni entente. »


Aux socio-démocrates qui affirment qu’il n’y a pas deux classes qui s’opposent dans le capitalisme « le prolétariat et la bourgeoisie », aux socio-démocrates qui affirment qu’il y a une série de classes intermédiaires qui se sont développées grâce à l’égalité politique, Jacquemotte leur répondait qu’ils ne pouvaient s’affirmer défenseurs de la classe ouvrière car ils avaient précisément abandonné la lutte de classe.


Quel est le rôle du Parti ?


Jacquemotte a toujours soutenu et poussé la base à aller vers la grève générale. Ce fut le cas pour le suffrage universel, contre les diminutions de salaires, avec l’idée que le parti doit préparer à la lutte, et se préparer la répression et à l’illégalité, avec l’idée que « tout en voulant faire la grève pacifique, [il fallait] prendre toutes les dispositions nécessaires pour résister à un coup de force gouvernemental. Cet enseignement s’est vérifié à Gilly en 2019 lors d’une manifestation antifasciste ou encore le 13 septembre dernier quand les forces de police ont nassé les derniers militants de la grande manifestation de la santé. Rappelons que Jacquemotte a été plusieurs fois emprisonné comme nombre de dirigeants du parti. Nous pensons évidemment à Julien Lahaut.


Il faut donc poursuivre la lutte l’action des masses. Le travail, les grèves font prendre conscience aux travailleurs de leur force. Beaucoup ont dit qu’ils ne voulaient pas d’un retour à l’anormal après la crise sanitaire. Pourtant, les vagues de licenciements se multiplient, le chômage de masse et la précarité explosent. Pour véritablement changer ce monde et renverser le capitalisme, il faut poser les choses clairement. Comme Jacquemotte « Il faut choisir entre le passé et l’avenir, entre la démocratie bourgeoisie et le socialisme révolutionnaire »


À l’aube de notre centenaire, nous déclarons à tous les travailleurs que le parti a un futur et que le futur a un parti. Que nous poursuivons la lutte de Jacquemotte, que nous appelons à renforcer le parti, que nous construisons l’avenir ! Pour un front anticapitaliste, antifasciste, antiimpérialiste, pour le socialisme et la paix !

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